Mon apostolat de frère étudiant : Le « Rosaire Vivant » ou la grâce d’être chrétien – fr. Cyprien-Marie

Lors d’un Chemin de Croix médité pour les malades à Lourdes pendant le pèlerinage du Rosaire 2016, j’ai reçu de la part d’une des responsables du groupe « Le Rosaire Vivant » une demande d’accompagnement. Ce groupe est un groupe de prière fondé jadis par la Vénérable Pauline-Marie Jaricot (1799-1862) en 1825. Son idée était de rassembler les fidèles autour du Chapelet en méditant un mystère de l’Evangile. Chaque personne du groupe médite un des mystères du rosaire, ainsi le rosaire tout entier sera dit par le groupe. Dix ans plus tard (en 1836), le Rosaire Vivant comptera plus d’un million d’associés.

Cette évangélisation par la prière n’était pas la seule œuvre de Pauline-Marie Jaricot, puisqu’elle a fondé en 1819 les groupes de « la propagation de la foi » au milieu des ouvrières et des ouvriers de la ville de Lyon. Elle avait aussi une bonne relation avec le curé d’Ars qui disait à propos de Pauline-Marie : « Je connais quelqu’un qui a beaucoup de croix et de très lourdes responsabilités et qui les porte avec un grand amour : c’est mademoiselle Jaricot. »

Le père jésuite Henri Ramière (1821-1884) disait à propos du Rosaire Vivant : « 15 charbons, un seul est allumé, deux ou trois le sont à peine, rapprochez-les, c’est le brasier ! »

Après une discussion avec mon père-maître qui a accepté cette initiative, j’ai commencé l’accompagnement de ce groupe de prière. Une fois par mois je vais à la maison où les membres du groupe se réunissent pour la prière, à Lyon. La responsable, Laurence, avec son mari Gaëtan, m’ont proposé de dîner avec eux chaque fois avant la prière pour qu’à travers ce moment de partage, je puisse connaître les autres membres qui seront aussi invités au dîner.

Vers 19h45, nous commençons à dîner en discutant de divers sujets. Vers 20h30 après la venue des autres membres, nous commençons notre réunion. Ecouter les intentions de prière de chacun et aussi les actions de grâce, prier pour l’autre et rendre grâce à Dieu pour ses bienfaits envers nous, aide nos cœurs à croître dans l’amour de Dieu. Prier pour l’autre qui souffre est un acte de charité qui brise en nous la glace de l’égoïsme ; rendre grâce à Dieu pour ses bienfaits est un acte d’amour et de gratitude pour celui qui nous a aimés jusqu’à la mort, et la mort de la Croix.

Ensuite, nous prions ensemble un mystère du Rosaire choisi généralement par les membres du groupe, avec les intentions de prière, en offrant notre réunion à Dieu.  Je peux dire que Dieu a exaucé nos prières.  Il a fait revenir des membres qui avaient quitté ce groupe. A la première réunion en novembre 2016, j’avais six membres seulement ; à la dernière réunion ils étaient presque une vingtaine de personnes. Laurence disait au début de la dernière réunion : « Je veux rendre grâce à Dieu et à vous frère qui avez accepté de reprendre le groupe, qui a pu continuer et se développer. »

Normalement, je dois accompagner ce groupe pendant deux ans, cette année et l’année prochaine, les deux ans de ma présence à Lyon en raison des études. J’ai voulu donc que cette année soit une année d’introduction à la spiritualité, notamment avec les trois âges de la vie intérieure selon saint Jean de la Croix et sainte Thérèse d’Avila. En effet, j’apprécie l’enseignement de ces saints qui m’ont beaucoup inspiré. Le père dominicain Réginald Garrigou-Lagrange, lui aussi, était inspiré par ces saints, c’est pour cela je m’appuie beaucoup sur ce que j’ai lu dans son œuvre, « Les trois âges de la vie intérieure. » Après avoir prié le mystère du chapelet, on lit ensemble une petite lecture biblique grâce à laquelle je conduis les frères et les sœurs vers une méditation qui n’a pas le style d’une prédication mais celui d’un enseignement : à la fois simple, direct et pédagogique. Malgré mes nombreuses fautes de français, je peux dire que ce que j’enseignais a été apprécié par les membres du Rosaire Vivant. Comme un « poussin » dominicain, j’essaie de diffuser « l’intelligence de la foi », cette intelligence qui n’est pas seulement intellectuelle mais aussi et surtout spirituelle.

L’intelligence de la foi passe d’abord et avant tout par une relation personnelle avec Dieu, sans laquelle la foi chrétienne devient un pur intellectualisme, ou un sentimentalisme stérile. Avoir conscience de cette grâce, de cette puissance et de ce don d’être chrétien est le centre de ma prédication au sein du groupe du Rosaire Vivant : « Dieu, auteur de la grâce, se sert de l’humanité du Sauveur pour nous la communiquer comme un grand artiste se sert d’un instrument pour nous transmettre sa pensée musicale, ou comme un grand penseur se sert de son style à lui, de sa langue plus ou moins riche, pour s’exprimer. » (R. Garrigou-Lagrange, o.p., in Les trois âges de la vie intérieure.)

A la fin de notre réunion nous récitons la prière pour la béatification de la vénérable Pauline-Marie Jaricot.

Je suis reconnaissant envers les membres de ce groupe qui m’ont aidé dans cette belle aventure qui me prépare à être un prêcheur sur les pas de saint Dominique.

fr. Cyprien-Marie El Euchi, o.p

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