Noël à la maison du 60

Après six ans de formation, un master de théologie en poche et une ordination diaconale ; me voici, depuis septembre dernier, en stage pratique à la maison du 60. J’avais demandé au prieur provincial un projet communautaire qui bouscule (j’avais ajouté : mais pas trop, hein). En la matière, je suis servi !

La petite fraternité que nous formons (4 frères) a pour simple mission d’être là, présence fraternelle, maison ouverte à qui veut ou a besoin de passer ou s’arrêter. À la cuisine/salle commune/salon : le temps d’un café (ou d’une chicorée, mais pas d’alcool, c’est un problème trop présent dans le quartier pour qu’on puisse se permettre de jouer avec le feu), le temps d’un repas ou d’une simple discussion. À la chapelle : certains s’y réfugient quelques heures pour l’abri et la chaleur. Abri aussi de la prière : matin, midi et soir, nous prions l’office (le 60 est maison d’observance !), avec telle voisine ou tels amis. Chaleur bien sûr de la communion fraternelle :  tous les mercredi, la messe réunit une soixantaine de personnes (et toujours quelques nouveaux) et se prolonge deux fois le mois par un repas : on pousse les bancs, l’ambon et puis l’autel, on sort les tables, on sert la soupe.

Être là, dans la vie du quartier, c’est aussi s’y investir : paroisse et lieux d’Église bien sûr, mais aussi associations et engagements sociaux divers. Pour ma part, j’assure depuis septembre la coordination de l’accompagnement à la scolarité dans une association de quartier : recruter et former les bénévoles, concevoir et mettre en œuvre un projet éducatif et des supports pédagogiques personnalisés, assurer le lien avec les enseignants et les familles. Les enjeux sont de taille : maîtrise de la langue, apprendre à apprendre et puis contribuer, à notre petite mesure, à éveiller la foi en soi, la confiance en l’autre et le désir de la rencontre.

 

Dieu à Noël se fait petit-enfant : je forme le vœu et m’essaie en cet Avent de vivre aussi comme un enfant, ce à quoi m’aident ceux dont j’ai la charge. Avec eux et pour eux, parfois par eux, j’apprends à apprendre.  Je crois bien qu’il y a là une école de la prière et un apprentissage du Règne qui vient : apprendre à parler, à pleurer, à jouer.

Parler : le Verbe fait chair a dû apprendre la langue des hommes, comme une langue étrangère, s’en servir pour forger et transmettre les images, le vocabulaire et la grammaire du Royaume qu’il annonce. Et moi, je tâcherai de me mettre à leur niveau à eux, parler leur langue pour qu’ils puissent peu à peu parler la mienne.

Pleurer : pas forcément avec les cris, les larmes, ou l’agitation des enfants en fin de période scolaire. Mais apprendre à dire, dans la prière comme à mes frères que : j’ai froid, j’ai faim ou que je suis fatigué. Demander et accepter de recevoir, dans la prière et par mes frères, soutien, repos et douceur.

Jouer, enfin : bien sûr, le jeu a une valeur éducative et ceux que nous concevons ont des visées pédagogiques. Mais aussi jouer pour le plaisir, pour le bonheur d’être là, la merveille du pur présent d’un rire. Joie proche, je crois, de celle d’un Fils-enfant qui vient parmi les hommes, de celle de l’homme qui apprend par Lui à nommer Dieu son Père.

fr. Grégoire Laurent-Huyghues-Beaufond, op

 

 

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