« Une attente bienheureuse »

Premier dimanche de l’Avent, méditation sur la deuxième lecture de la messe (1Co 1, 3-9)

De quoi voudrais-je vous parler après la lecture de ce texte lumineux de saint Paul ? Je voudrais vous parler d’une chose, d’un phénomène qui me surprend et qui me laisse bouche bée chaque fois que je le rencontre. C’est une attitude de l’homme contemporain. Je l’appelle l’attitude « bof ! », une attitude d’indifférence, de lassitude. Même chez les chrétiens… « Tu te prépares pour Noël ? Bof !; Et l’Avent ? Bof !; Pâques ? Bof !; Bof… bof… bof… ! »

D’où cette attitude, vient-elle ? Quand on commence le temps de l’Avent, n’est-on pas tenté de dire : « Oui, mais je sais déjà tout ce qui va se passer » ? Parce que l’histoire nous est déjà connue : Jésus va naitre, il grandira à Nazareth, il sera baptisé, il prêchera, il souffrira, il mourra, il ressuscitera – nous savons déjà tout ! C’est pour cela que notre Noël n’est souvent qu’une fête annuelle, un anniversaire que nous fêtons chaque année avec toujours les mêmes attributs : la même couronne de l’Avent, la même crèche, les mêmes chants de Noël etc. Donc, bof ! Oui, parce que « je sais déjà tout » …

Saint Paul nous dit une chose très importante : « dans le Christ Jésus vous avez reçu toutes les richesses, toutes celles de la parole et de la connaissance de Dieu. <…> Aucun don de grâce ne vous manque, à vous qui attendez de voir se révéler notre Seigneur Jésus Christ ». Paul dit que ces deux dimensions – attendre et recevoir – vont ensemble. Mon attente, d’une certaine manière, est, elle-même, ce don de grâce parce que si j’attends Dieu, je lui ouvre la porte, à lui et à ses dons. Celui qui pense avoir tout n’attend plus rien : « Je sais déjà tout, donc bof ! »

Saint Isaac le Syrien, un moine du 7ème siècle, disait : « méfies-toi de ceux qui disent savoir tout ! méfies-toi d’eux parce que leur « je sais tout » signifie qu’ils ne veulent plus rien savoir, ils ont fermé la porte à Dieu, parce que leur dieu, c’est leur savoir ».

Celui qui attend Dieu, il veille. Il veille non pas par la crainte, mais son attente, comme dit le même Isaac le Syrien, est « une veille bienheureuse ». Il attend Dieu parce qu’il est attiré par lui, il est tendu vers lui, il cherche une relation intime avec lui, il veut le connaitre, il veut vivre dans sa lumière.

Le temps de l’Avent est une révélation de cette attente perpétuelle dans la vie d’un chrétien. Oui, Jésus est déjà né, mais nous l’attendons, nous attendons celui qui est déjà là, parmi nous, mystérieusement, et qui ne cesse de se révéler, de se manifester dans notre vie. C’est une attente pleine d’espérance, de grâce que nous recevons chaque jour, une attente qui donne sens à notre vie, une « attente bienheureuse ».

Au début de ce temps de l’Avent, je vous souhaite de vivre l’expérience de cette « attente bienheureuse » et non pas celle du « Bof ! »

Fr. Jokūbas-Marija Goštautas o.p.

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