La gloire de Dieu, c’est l’Homme vivant

La gloire de Dieu, c’est l’Homme vivant

Prédication sur la 2ème lecture aux vêpres du cinquième dimanche de Carême

fr. Etienne BERNARD, op

«Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes. Reconnu homme à son aspect, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix. C’est pourquoi Dieu l’a exalté : il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse au ciel, sur terre et aux enfers, et que toute langue proclame :  Jésus Christ est Seigneur à la gloire de Dieu le Père.» (Ph 2, 6-11)

Jésus Christ est Seigneur à la gloire de Dieu le Père ! Le mot « gloire » signifie le plus souvent « la renommée dans un vaste public, tenant à des actions ou des œuvres jugées remarquables » ou encore « ce qui est source de célébrité et suscite l’admiration »[1]. Mais dans la Bible, la gloire de Dieu prend un sens totalement différent. Elle est ce qui manifeste la sainteté cachée de Dieu. Ainsi dans l’Exode, Moïse demande à Dieu de voir sa gloire[2], c’est-à-dire le contempler dans sa réalité, le voir tel qu’il est. Dieu lui répond qu’il le verra « de dos »[3] car  sa « face, on ne peut la voir. »[4]  Dans son hymne, l’apôtre Paul nous dit que la mort du Fils sur la croix participe à la gloire du Père. Et donc il nous dit que le Messie crucifié – du fait même qu’il est mort sur la Croix – nous dévoile une réalité intime de Dieu et rend manifeste sa sainteté cachée.

Jésus Christ est Seigneur à la gloire de Dieu le Père ! Il l’est parce qu’il nous montre ce que Dieu est en vérité. Un Dieu qui est l’amour même, un Père qui a tant aimé les hommes qu’il a livré son Fils. Un Fils qui nous a tant aimés qu’il s’est fait homme, qu’il s’est fait notre serviteur et qu’il a donné la vie pour nous afin que nous l’ayons en abondance.

Jésus Christ est Seigneur à la gloire de Dieu le Père ! Un des premiers évêques de Lyon, saint Irénée, écrit que « la gloire de Dieu, c’est l’homme vivant. »[5] Et il précise en ajoutant que « Dieu sera glorifié [..] lorsqu’il [l’] aura rendu [l’homme] conforme à son Fils »[6]. Saint Irénée nous explique donc que le Fils de Dieu s’est fait homme et a connu la mort sur la Croix afin que nous soyons à notre tour fils de Dieu car « la gloire de Dieu, c’est l’homme vivant ». Être vivant, c’est donc être divinisé par participation à la vie trinitaire. Être vivant, c’est aimer comme Dieu aime.

La gloire de Dieu, c’est l’homme vivant. On parle souvent de « porter la croix » mais cette expression est souvent mal comprise. Si Jésus devait souffrir, c’est parce qu’il nous a aimé jusqu’au bout, jusqu’à la mort sur la croix. Le crucifix que nous voyons ne représente pas tant la souffrance que l’amour assumé jusqu’à la fin. Nous sommes appelés à porter la croix parce que nous sommes appelés à être parfaits comme le Père est parfait, c’est-à-dire à aimer comme Dieu aime. Aimer toujours plus, aller contre nos égoïsmes, nos peurs, le péché, contre tout ce qui nous replie sur nous-même, tout cela nous crucifie. Ce chemin nous crucifie parce qu’il nous mène à la vie. C’est en ce sens que nous sommes appelés à prendre la croix et à marcher avec le Christ.

Aujourd’hui, nous entrons dans la Semaine Sainte. Nous verrons le Fils aimer les hommes jusqu’au bout dans la célébration de la Cène, dans le lavement des pieds, dans la Passion et au Tombeau. Et nous réjouirons à la Vigile Pascale de l’heureuse faute qui nous valut un tel rédempteur. Pendant cette semaine, prions avec le Sauveur pour nous sachions marcher à sa suite et aimer comme il nous aime.

[1]Les définitions données ci-dessus proviennent de l’homélie du 18 mars 2018 prononcée par fr. Philippe Toxé
[2]Ex 33, 18
[3]   Ex 33, 23
[4]Ibid.
[5]A.H., IV, 20:7
[6]A.H., VI, 1.

 

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