Nous proclamons un Messie crucifié

Nous proclamons un Messie crucifié

Prédication sur la 2ème lecture du 3ème Dimanche de Carême

fr. Matthieu PALAYRET, op

« Frères, alors que les Juifs réclament des signes miraculeux, et que les Grecs recherchent une sagesse, nous, nous proclamons un Messie crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les nations païennes. Mais pour ceux que Dieu appelle, qu’ils soient juifs ou grecs, ce Messie, ce Christ, est puissance de Dieu et sagesse de Dieu. Car ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes, et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes. » (1 Co 1,22-25)

 

L’homme moderne vit dans un monde où Dieu n’a pas de place assignée. Le monde continue finalement à tourner pas si mal sans Dieu. Dieu est devenu une hypothèse inutile, une béquille pour les plus démunis, un tranquillisant pour les mourants… Bref, la foi chrétienne ne répond pas aux attentes spontanées de nos contemporains. Ni aux attentes de preuves de la science, ni à celles d’une quête de bien-être.

Saint Paul, dans sa lettre aux chrétiens de Corinthe, témoigne que cette situation n’est pas nouvelle. Ne désespérons donc pas : saint Paul a lui aussi connu la même situation. Comment annoncer et partager la foi qui nous anime, à des hommes qui s’en moquent ? comment intéresser et convaincre nos contemporains ?

 

Saint Paul n’y va pas par quatre chemins : « nous, nous proclamons un Messie crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les païens. »

Il s’agit donc de prêcher le cœur de notre foi, au risque du scandale et du ridicule. La vérité simple et entière, sans stratégie. C’est le propre de la vérité, de convaincre, malgré tous les obstacles possibles. Elle finit par convaincre car elle est vraie, et sa véracité ne dépend pas de nous. La Parole de Dieu est vérité vivante, puissance agissante de Dieu. Elle ne revient pas à Dieu sans résultat (Is 55,11).

Pour saint Paul, il y a « ceux que Dieu appelle » et qui se convertissent. Pour eux, la croix – ce scandale de Dieu – devient puissance de Dieu. N’ayons donc pas peur de chercher et de proclamer la vérité !

 

Mais… cela ne fait que repousser le problème : car s’il suffit de prêcher la vérité, quelle est-elle, cette vérité ?

S’agit-il de répéter un catéchisme sûr et approuvé ? Ou de paraphraser l’Ecriture ? Il est plutôt ici question de faire pour nous-mêmes à nouveaux frais l’expérience de cette vérité : que signifie vraiment pour moi ces mots : un Messie crucifié ? Qu’est-ce que cela changerait à ma vie concrète, aux activités que j’ai prévues demain, s’il y a deux mille ans, un homme mort-en-croix n’était pas ressuscité ?

Il s’agit peut-être de lutter contre l’usure des mots, que par habitude nous utilisons sans trop y penser, et qui peu à peu perdent leur rugosité, leur éclat, leur sens tranchant. Puis-je expliquer simplement, avec les mots d’un lycéen sans culture chrétienne, ce que signifie pour moi que Dieu désire nous sauver ?

Sinon, ne risquons-nous pas un discours qui ne parle pas ? Ni à nos contemporains. Ni même à nous, croyants. Comment la Parole de Dieu peut-elle être entendue, si mes mots ne parlent plus à personne ?

Cette Parole de Dieu, prenons le temps en ce carême de la méditer, pour qu’elle prenne chair en nos vies et en nos propres paroles. Et qu’elle soit vraiment, pour nous, « puissance de Dieu et sagesse de Dieu » !

 

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