Tomber de son cheval

Tomber de son cheval

Prédication pour la 2ème lecture du 4ème dimanche de Carême 2018

   Fr. Cyprien-Marie EL EUCHI o.p

« Frères, Dieu est riche en miséricorde ; à cause du grand amour dont il nous a aimés, nous qui étions des morts par suite de nos fautes, il nous a donné la vie avec le Christ : c’est bien par grâce que vous êtes sauvés. Avec lui, il nous a ressuscités et il nous a fait siéger aux cieux, dans le Christ Jésus. Il a voulu ainsi montrer, au long des âges futurs, la richesse surabondante de sa grâce, par sa bonté pour nous dans le Christ Jésus. C’est bien par la grâce que vous êtes sauvés, et par le moyen de la foi. Cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu. Cela ne vient pas des actes : personne ne peut en tirer orgueil. C’est Dieu qui nous a faits, il nous a créés dans le Christ Jésus, en vue de la réalisation d’œuvres bonnes qu’il a préparées d’avance pour que nous les pratiquions. » (Ep 2, 4-10)

On peut dire que les mots de saint Paul dans cette lecture ne sont pas seulement des mots inspirés par l’Esprit-Saint mais aussi des mots de quelqu’un qui est tombé de l’échelle – comme dit le dicton tunisien pour désigner un homme expérimenté et sage – ce sont des mots de quelqu’un qui est tombé de son cheval.

Avant de voir ensemble la richesse qui nous procure cette lecture, j’aimerais tout d’abord vous parler des « bodybuildeurs de la loi ».

Le bodybuilding est un sport qui consiste à s’occuper de la beauté de son corps en fortifiant les muscles. Les bodybuildeurs se montrent devant des spectateurs, journalistes et jurés, en montrant leurs corps et leurs forces. Depuis l’aube du christianisme, il y avait en tout temps et en tout lieu, ceux ou celles qui prennent la vie chrétienne comme une discipline volontariste basée uniquement sur un idéal d’ascétisme, sans aucune expérience de la force surnaturelle de la foi, qui est la grâce.

Ils cherchent à se montrer parfaits et à imposer leurs critères de perfection aux autres, tout en sachant qu’eux-mêmes sont imparfaits. Saint Paul disait dans une autre lettre à propos ces « Bodybuildeurs de la loi » : « ils ont l’apparence de la piété, mais ils renient ce qui en fait la force » (2Tim 3, 5). Bien qu’ils soient chrétiens, ils ne vivent pas sous la loi nouvelle de la grâce donnée par le Christ, mais ils ont fait de la loi nouvelle une loi de perfectionnement personnel. C’est dans cette lecture que saint Paul trace la ligne qui sépare entre les œuvres de la grâce donnés par Jésus Christ et les œuvres volontaristes de l’orgueil.

La ligne qui sépare les œuvres de la grâce des œuvres de l’orgueil, c’est l’amour et la miséricorde de Dieu montrés en Jésus Christ sur la Croix et par sa résurrection.

Ainsi, par son Esprit-Saint Il nous a donné de devenir ses enfants adoptifs.

La grâce, qui nous a été donnée gratuitement par la foi en Jésus Christ nous fait tomber tout d’abord du cheval de notre orgueil, et aveugle avec son illumination les yeux flatteurs par lesquels nous regardons nous mêmes. On se voit petit, nu, chétif, et pécheur devant la bonté, l’amour, la richesse et la miséricorde de Dieu. Ainsi toutes nos illusions tombent comme des écailles de nos yeux et nous commençons à regarder nous-mêmes, les autres, Dieu et la relation avec lui d’un nouveau regard. On expérimente tout cela à chaque fois qu’on se confesse.

Jadis, les turcs ottomans, entrèrent dans les églises sur les dos de leurs chevaux afin d’humilier les chrétiens. Un des problèmes de notre Eglise aujourd’hui est qu’il y a des chrétiens (laïcs, religieux ou clercs) qui entrent dans l’Eglise sur le dos de leurs chevaux, sur le dos de leurs richesses (matérielles, académiques, théologiques), et cela affaiblit l’Eglise de l’intérieur.

Saint Jean de la Croix affirme dans son livre « la nuit obscure » que les commençants dans la vie spirituelle commencent à se croire des saints à cause de leurs œuvres de piété. Mais Dieu arrête toute consolation afin qu’ils se purifient de l’orgueil, et qu’ils entrent dans une nouvelle relation avec Lui. Dieu nous fait tomber de nos chevaux afin de nous faire asseoir avec lui dans les cieux. Les fruits de cette ouverture spirituelle sur l’amour de Dieu, sont la Joie et la reconnaissance manifesté dans l’action de grâce continuelle. Dans la langue grecque les mots : Grâce, Joie et Eucharistie ont la même racine. Sur le plan spirituel ces mots ont la même racine, en Dieu lui-même. Ce Dieu qui a manifesté son amour en Jésus Christ.

A l’instar de saint Paul laissons-nous réconcilier avec Dieu, car, c’est par sa lumière nous voyons la lumière et par sa sainteté nous sommes sanctifiés. Amen.

                                                                                                  

 

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