« L’âme de Noël »

« L’âme de Noël »

Méditation pour le 4ème dimanche de l’Avent, sur la deuxième lecture de la messe (He 10, 5-10)

 

Nous sommes ici réunis alors que le monde entier se prépare à célébrer la fête la plus populaire qui soit. Je veux bien évidemment parler de Noël. Il y a un peu plus de 2000 ans, trois mystérieux mages venus de différentes contrées s’étaient rendus à Bethléem pour rendre visite à l’enfant Jésus qui venait de naître. Ils étaient une préfiguration de la conversion des nations au Christ. Et justement, nous pouvons voir qu’aujourd’hui c’est la naissance du Christ qui va à la rencontre de toutes les nations, puisque Noël est fêté presque partout.

Mais ne crions pas « alléluia » trop vite ! Est-ce réellement la naissance du Christ qui est célébrée par nos contemporains ? Dans certains cas, oui. Dans d’autres, il semble que non. En effet, dans beaucoup d’endroits, Jésus n’est pas invité à son propre anniversaire. Rendez-vous compte ! On y trouve pourtant le sapin sous lequel seront placés les cadeaux de Noël. On trouve encore les chaussettes accrochées à la cheminée dans lesquelles seront glissées des friandises pour les enfants. Il y a même les biscuits et le verre de lait qui attendent d’être mangés et bu par le Père-Noël. Mais où se trouve la crèche ? La crèche a disparu ! De même qu’il n’y avait pas de place dans l’hôtellerie de Bethléem pour la Sainte famille, en certains endroits il n’y a pas davantage de place pour elle sous le sapin.

Vous allez peut-être me dire : « Mais ce n’est qu’une crèche ! Il n’y a pas de quoi en faire un drame ! » En vérité, ce n’est pas qu’une question de santon. Il est question de l’âme de Noël, du fait que certains veuillent vider cette fête de sa substance chrétienne pour en faire le culte de Mammon. C’est comme s’ils avaient jeté le bébé Jésus avec l’eau de son bain.

Ne nous laissons pas voler la joie de Noël ! A l’occasion de Noël, la joie se répand dans le monde entier. Mais il s’agit souvent d’une joie superficielle qui ne prend pas racine dans les cœurs. Aussitôt Noël passé, le vent d’hiver la dissipe. Seule l’Incarnation du Verbe de Dieu peut procurer une joie qui demeure. Car cet évènement a transformé le monde à jamais. Il est le commencement de l’œuvre de salut de Dieu en Jésus-Christ. Si le monde savait le don de Dieu, il ne voudrait ni pain d’épice ni orange, avant d’avoir connu celui qui a pris corps.

En fait, toute naissance transforme un peu le monde. Après chaque naissance, le monde n’est plus tout à fait le même, car une nouvelle âme y a pénétré. Et en entendant les cris du nouveau-né, on peut se demander ce que cela présage. « Que va devenir cet enfant ? » « Quel sera son destin ? » Il peut potentiellement devenir le prochain grand génie de la science grâce auquel des millions de vies seront sauvées. Il peut aussi devenir un chef d’état tyrannique qui causera un génocide. Personne ne peut le savoir, si ce n’est Dieu. C’est le mystère de la vie, le mystère de la liberté. Néanmoins cela n’enlève rien au fait que chaque vie est sacrée, et qu’un enfant est toujours à accueillir comme une bénédiction, un don de Dieu, car sa venue est synonyme d’espoir d’un changement, espoir d’un nouveau commencement.

Mais j’entends souvent des gens dire qu’il est vain d’attendre un homme providentiel censé sauver le monde. Cela n’arrive que dans les films hollywoodiens. Et en effet, le salut n’est à espérer d’aucun homme politique, d’aucun milliardaire philanthrope, d’aucun prix Nobel de la paix, mais de Dieu seul. On peut cependant voir en Jésus Christ l’homme providentiel, dont la réalité de la mission a dépassé la fiction, l’homme providentiel que personne n’aurait osé espérer, à condition de ne pas voir en lui un simple homme et de ne pas voir dans son salut un simple salut temporel. Il n’est pas venu apporter des solutions à nos problèmes temporels tels que l’économie, l’écologie ou les migrations. Il est venu pour faire la volonté de son Père qui est que tout homme le connaisse et partage avec lui la vie éternelle. L’auteur de l’épître aux Hébreux nous dit qu’il a « supprimé le premier état de choses pour établir le second », ce qui veut dire que de fils d’Adam, le Christ veut nous faire passer au rang de fils de Dieu. L’abaissement du Verbe dans l’incarnation n’est pas une fin en soi. Elle est le moyen au service de notre élévation vers Dieu.

Après un tel cadeau de la part de Dieu, que pouvons-nous demander de plus pour Noël ? Eh bien, nous pouvons demander la grâce de ne pas négliger le don qui nous a été fait, et de ne pas faire comme ces enfants qui balancent dans un coin le jouet qu’on vient de leur offrir parce qu’ils en sont déjà lassés. Nous pouvons aussi demander à Dieu la force de contribuer à ce que son règne vienne et que sa volonté soit faite sur la terre comme au Ciel. Et peut-être que, là où elle a disparu, la crèche réapparaîtra.

Je vous souhaite un joyeux Noël.

 

 fr. Éric-Marie Mwanza o.p.

 

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