« Nous vous le demandons : faites donc de nouveaux progrès »

« Nous vous le demandons : faites donc de nouveaux progrès »

Méditation pour le 1er dimanche de l’Avent, sur la deuxième lecture de la messe (1 Th 3, 12 – 4, 2)

 

Un air de fête ou une fête en l’air ?

Mes frères,

En rentrant de l’université cette semaine, je goûtais l’air de la fête qui se prépare. Sur la place Carnot, le marché de Noël étale ses effluves de vin épicé. Des groupes d’amis se promènent joyeusement dans les allées et dans la rue commerçante. Et moi ce jour-là, je vais croiser sur mon chemin une dizaine de SDF attirés par l’animation, et ignorés des passants. Le plus ancien que j’aie vu cette semaine avait l’âge de nos frères les plus vénérables. Il faisait la manche avec une vieille tasse de métal rafistolée.

La fin de mon trajet tranche terriblement avec la légèreté des premiers pas. Cette ambiance festive me semble d’une vacuité complète. Après Noël, ces passants seront aussi vides et déçus que la place Carnot sans son marché. Il n’y restera que de la boue glacée, des poubelles, et les sans-papiers retrouvant leur point de repère. Et je me dis : si Noël, c’est ça, eh bien je n’y veux pas prendre part. Si Noël, c’est vide, si le contraste de l’ambiance et du monde réel me noue l’estomac, c’est qu’il y a quelque chose qui cloche.

Noël n’est pas une parenthèse.

Rassurez-vous, je ne prêche pas l’envie de s’extraire du monde, de s’abstraire de la fête, de se soustraire à tout cela. Il ne s’agit pas de se replier sur soi et sa fête liturgique faute de pouvoir dire aux gens que Noël, c’est plus que le sapin et les cadeaux. D’ailleurs il est bon de faire la fête et de se réjouir. Cette dimension est très importante !

Mais pour nous mes frères, que Noël ne soit pas fête vaine. Mais que pour nous chrétiens, il en aille autrement. C’est ainsi que je lis St Paul : il faut que préparer la venue de Jésus soit pour nous une affaire importante, qu’elle nous saisisse en profondeur. Pour nous, Noël ne peut pas consister à oublier les côtés pesants de la vie pendant quelques semaines. Noël n’est pas une parenthèse.

Faites de nouveaux progrès !

C’est même tout le contraire. Préparer Noël, c’est faire entrer toute notre vie très concrète dans ce grand mystère du Seigneur qui vient. Paul nous le dit ici : la venue de Jésus, ça se prépare ! C’est pourquoi il nous appelle à faire des progrès. Or ces progrès se construisent sur le terreau de la vie de tous les jours.

Vous avez appris pendant l’année comment vous conduire pour plaire à Dieu ? Faites donc de nouveaux progrès pour préparer Noël, nous vous le demandons, nous vous en prions ! Faites donc de nouveaux progrès.

Mettons cela en parallèle avec l’Evangile de la messe de ce matin : là où St Paul nous invite à progresser, Jésus nous dit de veiller. Si pour progresser, il faut veiller, c’est sans doute que pour avancer, il faut marcher. C’est notre marche jour après jour avec Jésus qui nous fait vraiment avancer, et non pas un sprint de dernier moment. D’ailleurs je ne sais pas si vous avez remarqué, mais la nuit, on veille beaucoup plus facilement en marchant qu’assis au coin d’un feu.

Pour progresser, il faut veiller,

Pour avancer, il faut marcher,

Pour préparer Sa venue dans la gloire, il faut célébrer sa venue dans la chair.

Pour préparer Sa venue à la fin des temps, il faut célébrer sa venue dans la chair régulièrement.

Comment progresser ?

Ainsi mes frères, faisons de nouveaux progrès et Noël ne sera pas pour nous fête vaine. Mais quels progrès ? En quoi consiste cette démarche régulière qui nous fait progresser ?

Paul répond : Vous avez appris de nous, progressez à partir de là. Aimez-vous les uns les autres et tous les Hommes, d’un cœur débordant, d’un amour intense. Comme nous vous aimons. Il nous faut donc nous aimer les uns les autres comme St Paul nous a aimés. – Ah bon, ce n’était pas « comme Jésus » au départ ? – Oui, mais Paul ne plagie pas Jésus, il met en œuvre son enseignement. Ici, c’est Paul, Sylvain et Timothée qui parlent. Et cette petite communauté d’évangélisateurs – de prédicateurs ! – a prêché aux Thessaloniciens en paroles et en actes. « Nous vous avons aimé », « aimez-vous de même ». Ils ne remplacent pas Jésus, ils transmettent la foi. L’instruction que Jésus a donnée, ils la mettent en œuvre, ils invitent à l’imiter. A nous de continuer cette chaîne ! Ainsi l’amour de Jésus progressera à travers notre marche. C’est bien en marchant qu’on progresse.

Je crois que le meilleur témoignage que nous, communauté de prêcheurs, puissions donner pour préparer notre entourage à Noël ; notre meilleur témoignage, c’est que nous nous aimions les uns les autres. Non seulement nous ; mais aussi que nous aimions nos paroissiens, nos groupes, ceux que nous préparons aux sacrements… bref tous ceux qui viennent à nous et ceux que nous allons voir. Comme Paul, Sylvain et Timothée, aimons les gens. Parce que comme Paul, Sylvain, et Timothée, c’est l’amour que nous donnons qui est notre première prédication.

Mes frères, pour préparer la venue de Jésus,

Faisons donc de nouveaux progrès ;

Pour que Noël ne soit pas vain,

Aimons-nous les uns les autres et tous les hommes d’un amour plus débordant ;

Afin qu’on puisse dire : béni soit celui qui leur donne d’aimer ainsi,

Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur,

Amen.

 

par le fr. Alban Vallette d’Osia o.p.

 

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