« Soyez dans la joie »

« Soyez dans la joie »

Méditation pour le 3ème dimanche de l’Avent, sur la deuxième lecture de la messe (Ph 4,4-7)

 

Il est normal que dans ce temps de l’Avent, l’Église nous propose des textes liturgiques empreints d’un ton joyeux. Tel n’est pas le cas, par exemple, pendant le temps du Carême. L’attente de la Résurrection, en effet, se vit dans un esprit de passion, tandis que le temps de l’Avent, temps d’attente de la naissance d’un enfant, se vit dans une perspective plutôt joyeuse. Ceci me rappelle le sentiment que partagent toutes les personnes des villages de l’Angola quand approche le temps d’accouchement d’une femme du village : les autorités traditionnelles sont informées, les voisins, les amis, les personnes connues et inconnues sont au courant, et tout le monde apporte des présents. Au premier cri du nouveau-né, la fête commence ! Ça peut paraitre étrange que le signe marquant le début d’un événement joyeux soit les pleurs du nouveau-né. Mais le plus important n’est pas là. Ce qui compte c’est la joie d’une nouvelle vie qui commence, d’un nouveau membre qui rejoint la communauté. La joie envahit la vie de tout le village !

De même, en parcourant une bonne partie des écrits du Nouveau Testament, nous nous rendons compte que le thème de la joie est au cœur de la foi chrétienne. Du début à la fin, l’annonce chrétienne véhicule un message joyeux. Quand Jésus commence sa vie publique, sa première prédication dans la synagogue de Nazareth consiste à prononcer de nouvelles joyeuses : la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres, les prisonniers sont libérés, les aveugles recouvrent la vue et une année de bienfaits de la part du Seigneur est proclamée. Dans une autre occasion, quand le vin vient à manquer dans une fête de mariage à Cana, Jésus opère un miracle qui réjouit les cœurs des autres convives ! Et même enveloppé de tristesse et accablé par la douleur, épuisé par le soleil brûlant sur la croix, Jésus dit une bonne parole au larron crucifié.

Les disciples du Christ ont compris cet aspect de la prédication de Jésus. La page de l’épître aux Philippiens que nous venons d’entendre est une illustration de ce qui aurait été la réaction des disciples à l’enseignement du Maître. Il est vrai que saint Paul s’adresse à une communauté qu’il a fondée et qui lui est chère, l’ensemble de l’épître nous le confirme. Et Paul sait qu’il faut que les fidèles du Christ témoignent d’une joie incessante. Il en fait même un impératif : Réjouissez-vous (kairete) et il insiste (Gaudete !). Il faut que le monde sache qu’il y a une communauté dont le trait caractéristique est la joie manifestée même dans les moments les plus difficiles. Pas d’inquiétude chez les chrétiens ! Cependant, l’exhortation de l’Apôtre peut susciter chez nous, aujourd’hui, des questionnements : comment être toujours dans la joie dans un monde où constamment nous sommes confrontés à la douleur, à la peur de l’inconnu, à la violence, aux dérives individualistes, à une aversion croissante vis-à-vis du religieux ? Nous ne pouvons pas rester indifférents aux situations diverses auxquelles nous sommes confrontés. Saint Paul, non plus, n’annonce pas une joie fantaisiste qui ne tient pas compte de la réalité. Si d’un côté, il invite les philippiens à ne pas se soucier de quoique ce soit, d’autre côté il exhorte à prier et à avoir recours à l’oraison si les temps sont difficiles. Nous prions souvent pour les personnes en difficultés de toute sorte ; plus récemment nous avons prié pour toutes les victimes de l’attentat qui a eu lieu à Strasbourg. Nous demandons constamment, ensemble ou individuellement, que Dieu nous délivre de tout ce qui est mauvais. Cela est juste ! Mais il faut plus : dans ce monde, la communauté de ceux qui croient au Christ est appelée à semer la paix, la concorde, la joie.

Prions donc pour que la Paix de Dieu qui dépasse tout ce qu’on peut concevoir garde nos cœurs et nos pensées dans le Christ Jésus !

 

par le fr. Daniel-Martin Livongue, o.p.

 

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