Nouvelles de Suisse – Un an à Fribourg

Nouvelles de Suisse – Un an à Fribourg

Voici tout juste un peu plus d’un an, nous étions trois frères à renouveler notre profession simple pour deux ans. Nous quittions alors le studentat de Lyon pour rejoindre celui de Fribourg, pour terminer notre premier cycle d’études en théologie.

Nous retrouvions au couvent de Fribourg quelques frères de la province de France, ainsi que le fr. Alexandre, qui avait rejoint le noviciat à Strasbourg lorsque nous le quittions pour le studentat de Lyon. Quel accueil nous fut réservé à notre arrivée : fondue et fendant, les frères de Saint-Hyacinthe nous attendaient avec enthousiasme et ont vite trouvé les arguments (gustatifs) pour rassurer les petits français fraîchement arrivés !

Nous découvrions une communauté encore plus internationale qu’au couvent du Saint-Nom-de-Jésus à Lyon : sur 21 frères, les cinq continents sont représentés, au travers de plus de 13 nationalités (suisse, française, néerlandaise, allemande, tunisienne, lituanienne, croate, polonaise, luxembourgeoise, américaine, congolaise, indienne, australienne) ! Si la langue officielle au couvent est le français, il n’est pas rare que la conversation switches in English! Nous faisons l’expérience de la diversité et de l’internationalité de l’Ordre dominicain chaque jour. Et c’est sans compter que Fribourg compte un deuxième couvent dominicain, l’Albertinum, qui dépend directement du Maître de l’Ordre et où d’autres provinces de l’Ordre viennent encore s’ajouter à ce maelström culturel ! Un frère me disait récemment, en exagérant à peine (un chouïa) : « Chaque jour, nous rencontrons toutes les provinces de l’Ordre ! »

Pour présenter à gros traits la communauté du couvent Saint-Hyacinthe, divisons-la en trois tiers :

  • (1) Nous sommes sept frères étudiants non prêtres au studentat (à divers niveaux de ce premier cycle de théologie nous conférant un niveau de Master).

  • (2) Sept frères prêtres rédigent une thèse dans diverses disciplines théologiques à l’université (dogmatique, morale, pastorale, liturgie, etc.).

  • (3) Enfin, sept frères suisses forment la communauté stable, principalement constituée d’universitaires (des spécialistes en exégèse de l’Ancien et du Nouveau Testaments, en dogmatique ou en droit canon).

Bref, les discussions à table peuvent voler haut, et il y est parfois utile de glaner des conseils pour ses devoirs écrits au détour du passage d’un plat de lentilles… Mais on sait aussi y commenter l’actualité suisse, qui ne cesse d’étonner les petits français, ou internationale (les débats géopolitiques ne manquent guère), ou y réclamer un nouveau concile œcuménique pour répondre aux oublis théologiques des précédents !

Au studentat, nous ne sommes pas en reste de nationalités, même si l’Europe y est bien représentée : aux trois frères que nous sommes de la province de France (mais dont un tunisien qui ne passe pas inaperçu !), s’ajoutent le fr. Alexandre, suisse, le fr. Ivan, croate, et les frs. Augustinus et Stefan, des Pays-Bas. Cet été, le fr. Augustinus ayant achevé ses deux années de Master, nous l’avons échangé contre le fr. Augustinas, de Lituanie (et de notre belle province), qui nous a donc rejoint un peu plus tôt que le fr. Alban, profitant de Lyon pour une année encore.

La vie du studentat est marquée par quelques réunions et chapitres où des frères des deux couvents fribourgeois sont invités à discuter avec nous à propos de divers sujets (spiritualité dominicaine, importance de la prière, pastorale en Pologne, le vœu de chasteté, etc.) ; par des sorties fraternelles et parfois sportives ou culturelles, quelques jours ou weekends de désert clairsemés dans l’année bien remplie pour reprendre souffle, etc.

En juin dernier, pour fêter la fin des examens, les frères néerlandais nous ont concocté une semaine de découverte des Pays-Bas et de la vie dominicaine qui s’y re-déploie à Rotterdam. Ce fut l’occasion de joyeux moments culturels… et fraternels.

Ajoutez enfin à tout cela une semaine au pèlerinage du Rosaire à Lourdes, une semaine de session inter-provinciale (à la Tourette ou à la Sainte-Baume, regroupant tous les frères étudiants de Lyon, Fribourg, Bordeaux, Toulouse… et même Bruxelles sur la prédication dominicaine) et une semaine de session inter-studentats (regroupant tous les frères étudiants de la province de France pour une découverte de l’islam par nos frères de l’IDEO au Caire).

Au milieu de cet agenda de ministre, il ne faut pas oublier cependant l’essentiel qui tisse nos semaines : nos cours à l’uni (comme on dit ici). Vus la composition du couvent et notre statut de frère étudiant, notre vie quotidienne tourne tout de même beaucoup autour de l’université (même les horaires des offices conventuels sont adaptés aux horaires universitaires !). Chaque frère compose son emploi du temps en début de semestre, suivant les crédits à valider pour le cursus de Bachelor et de Master, en partenariat avec le régent des études suisse et le curator studiorum de l’université (notez comme le latin ennoblit la fonction de directeur des études !). Si le nombre de cours à suivre est relativement important, les conditions d’étude et l’atmosphère intellectuelle du couvent fournissent une aide précieuse pour valider avec succès les examens semestriels.

Si à Lyon, à l’Université catholique, nous avions reçu une solide formation en morale, en ecclésiologie, en exégèse ou en philosophie, nous découvrons particulièrement à Fribourg une dogmatique centrée sur une pensée thomiste et systématique, une exégèse plus littéraire de l’Ancien Testament, tout un monde de théologie pratique (pastorale, pédagogie religieuse, homilétique, sciences liturgiques), et un solide complément en langues anciennes (latin médiéval, grec biblique et hébreu). Enfin, comme à Lyon, un certain nombre de nos professeurs en théologie sont aussi nos frères. Et nous mesurons la chance de partager l’eucharistie, la vie de prière, les repas et la vie fraternelle avec certains de ceux qui nous enseignent : il en va de la tradition dominicaine, transmise directement depuis 800 ans (since 1215, pourrait-on écrire sur des sweatshirts).

Mais tout cela ne fait pas encore une formation exhaustive pour des futurs prêcheurs ! Il nous faut aussi apprendre à prêcher et à écouter le monde. Nous avons pour cela l’occasion de nous initier plusieurs fois par an à la prédication lors de vêpres prêchées ou de cours d’homilétique, ou lors des désormais fameuses ‘#micro-prédications’, mais nous nous engageons aussi dans divers apostolats : la plupart des frères étudiants donne quelques cours de catéchisme à l’école primaire voisine du couvent, y préparant les enfants au premier pardon ou à la première communion.

Nous sommes aussi investis auprès des servants d’autel de la paroisse, dans une initiation à l’adoration eucharistique pour les enfants, une participation à l’aumônerie du lycée Saint-Michel, l’animation et la prédication de la prière du rosaire à l’université, l’accompagnement d’un groupe ThéoDom au couvent, l’animation de complies à l’institut Philantropos, des visites bénévoles en service de soins palliatifs, et j’en passe. Nous trouvons aussi parfois le temps de réaliser une vidéo pour ThéoDom : à ce sujet, ne manquez pas le fr. Mathieu-Marie lors de la prochaine saison, sur le combat dans la prière !

Enfin, nous profitons de la période estivale pour, en plus d’environ deux semaines de repos (en famille, avec des amis, ou en retraite chez nos sœurs moniales), approfondir nos connaissances linguistiques (nous devons apprendre à nous exprimer deux des trois langues officielles de l’Ordre : le français, l’espagnol et l’anglais), participer à des colloques et nous engager dans d’autres apostolats plus ponctuels : prédication d’une retraite des fraternités laïques dominicaines lituaniennes, participation à une session estivale ThéoDom, accompagnement de rassemblements scouts ou de camps de jeunesse.

Quant aux spécificités de cette année, après un changement de maître des étudiants l’hiver dernier et l’accueil du fr. Augustinas à la rentrée scolaire, cette année est une année importante pour cinq des frères étudiants qui arrivent à la fin de leur période de profession temporaire : rendez-vous en septembre 2020 pour de possibles professions solennelles ! D’ici-là, nous comptons bien sur votre prière : quelle vie !

 

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