« Interpréter notre Carême »

« Interpréter notre Carême »

Méditation du premier dimanche de Carême, sur la deuxième lecture de la messe (Rm 5, 12-19)

Bon alors, c’est pour aujourd’hui ou pour demain !? Vous l’aurez remarqué, dans ce texte la grâce a été donnée en Jésus Christ, nouvel Adam. Mais la multitude sera rendue juste… au futur.

Reprenons le dernier verset :

[En effet], de même que par la désobéissance d’un seul être humain
la multitude a été rendue pécheresse,
de même par l’obéissance d’un seul
la multitude sera-t-elle rendue juste.

Entre les deux, hier et aujourd’hui, nous est donné le temps du présent pour être de « ceux qui reçoivent en abondance le don de la grâce qui les rend juste ».

Mais ce texte ne mentionne pas les actions concrètes à entreprendre dans ce but. Il nous invite à regarder d’abord le but.

Et donc, alors que nous commençons facilement le Carême en nous demandant quels efforts nous allons faire, la liturgie nous invite plutôt à relever la tête et à commencer par regarder la fin.

Nous recevons de la tradition des pratiques de Carême : jeûne, prière, aumône. Ce sont des pratiques que nous sommes invités à interpréter en vue du but du Carême. A savoir se rendre disponible à la grâce de Dieu.

C’est justement sur cette façon d’interpréter que je veux attirer notre attention. Nous sommes invités à interpréter notre Carême, comme on interpréterait une pièce de musique. On lui donne du souffle, de l’expressivité, et on y délivre une part de nous-mêmes.

Or dans une communauté, nous avons la chance de pouvoir interpréter en polyphonie.

Exemple : le jeûne. L’oraison du mercredi des Cendres formule ceci : « tandis qu’en nous imposant des privations nous maîtrisons notre corps, permets qu’en agissant selon le bien, nous obtenions un esprit nouveau ». On met en avant la maîtrise du corps. Pour moi, le jeûne est surtout une manière de consacrer un temps particulier à Dieu. Le temps du repas, mais aussi le temps après : tout le monde sait que quand on a faim, le temps est plus long. Un séminariste me disait que le jeûne était une façon pour lui d’exprimer sa faim de Dieu. Un autre frère encore parlait de jeûner surtout de péchés.

Chacun a trouvé là un énoncé pour rendre compte du sens qu’il donne à cette pratique. Chacun dépose une couche de sens sur la pratique, qu’il interprète. Dans notre communauté même, il y a probablement autant de façons de donner du sens au jeûne qu’il y a de frères.

Plus largement, il y a de nombreuses façons d’interpréter la vie religieuse. Je suis sûr que nous sentirons des décalages de vocabulaire dans les entretiens que nous lisons au réfectoire pendant le Carême. Pour ce début de Carême, je nous invite à prêter attention à ces décalages de langage entre nous, afin d’enrichir le vocabulaire de notre relation à Dieu. Pour que la polyphonie de notre Carême monte comme une louange à Dieu.

Fr. Alban Vallette d’Osia o.p.

 

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