Se remettre en marche : Ars à l’horizon

Se remettre en marche : Ars à l’horizon

« Quand il établissait les cieux, j’étais là,
quand il traçait l’horizon à la surface de l’abîme »

Proverbes 8, 27

Pour beaucoup, ce confinement a été synonyme de murs. Impossibilité de se projeter dans le futur, d’une part. Mais aussi, plus simplement, la même vue monotone au quotidien : le mur de l’immeuble d’en face. Les maigres sorties en ville ne permettent pas non plus d’élever le regard. Voilà un mal qui touche à la fois l’esprit et le corps : un horizon bouché. Un seul remède alors : la marche. Aller à la rencontre de cet horizon pour l’ouvrir et le dépasser.

C’est ainsi que, samedi dernier, nous nous sommes mis en marche vers Ars : un petit groupe de frères et de laïcs prêts à se dérouiller les os et les muscles après deux longs mois de confinement, dans le respect des gestes barrières (bien sûr). Départ du Saint-Nom de Jésus pour 35 kilomètres d’une cadence rythmée sous un beau soleil, à travers une brise fraîche. Une fois passé le tunnel de la Croix-Rousse, les randonneurs se retrouvent vite en pleine nature. Sentiers forestiers et champs de colza, nous pouvions enfin respirer et voir au-delà de nous-même.



35 kilomètres, c’est long. La pause de midi nous permet de célébrer la messe à côté de la chapelle Saint-Joseph, de pique-niquer et de cueillir des cerises. Je ne cache pas que le redémarrage est difficile : nous voyons le plateau des Dombes, tout au loin, et nous savons que nous devons rejoindre Trévoux sur ses flancs. Avant l’ascension et les derniers kilomètres.

« En effet, comme l’éclair qui jaillit illumine l’horizon d’un bout à l’autre,
ainsi le Fils de l’homme, quand son jour sera là. »

Luc 17, 24

Il établit une limite entre la terre et le ciel comme une barrière infranchissable, inatteignable. C’est bien ce paradoxe de l’horizon qui peut décourager le marcheur : l’on avance sans cesse vers lui, mais lui n’a de cesse de reculer. La définition même de l’horizon, c’est qu’on ne peut s’en approcher. Son jour tarde à venir.

On dirait le résumé d’une vie chrétienne, non ? Une longue marche vers un but qui semble toujours trop lointain, vers un Dieu qui se rend visible mais qui se laisse difficilement toucher. Et le marcheur souffre de la plante des pieds.



Ne fallait-il pas mieux rester chez soi alors ? … avec la façade de l’immeuble d’en face, rassurante. Mais quelque chose anime nos marcheurs : la grandeur de l’horizon développe leurs poumons, libère les langues lors des conversations. Nous marchons ensemble, peu importe si notre but recule. Et il y a la beauté de la nature : elle se révèle dans le fait même qu’on ne peut l’embrasser d’un seul regard… comme l’horizon.

« Ta justice nous répond par des prodiges, Dieu notre sauveur,
espoir des horizons de la terre et des rives lointaines ».

Psaume 63, 6

Les derniers kilomètres sont faits d’une mer de blé, comme un océan sans attache. Mais le guide de la marche attise l’espoir et l’impatience : « bientôt la coupole de la basilique » au-dessus des collines. Partis à 7h30 de Lyon, nous arrivons épuisés à Ars à 19h ! Et que trouvons-nous ? Au point de la rencontre, il y a le doigt du fameux curé qui pointe les cieux.

« Tu m’as montré le chemin d’Ars ; je te montrerai le chemin du ciel ».

Et enfin, nos yeux s’élèvent.


fr. Rémi-Michel Marin-Lamellet o.p.

 

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