Noël : l’attention sur vous, rien que sur vous ?

Noël : l’attention sur vous, rien que sur vous ?

Cette année fut pour tous l’occasion d’expérimenter les échanges par vidéo-conférence, et
les termes de « zoom », « teams », « visio » nous sont devenus familiers. Réunions, cours,
conférences, simple échange de nouvelles : ces techniques nous sont devenues indispensables, et les entreprises les détenant ont vu leurs actions s’envoler.

C’est ainsi que j’ai vu apparaître cette pub Microsoft qui propose une option « flouter l’arrièreplan » pour, je cite, « maintenir l’attention sur vous, rien que sur vous ». Nombre de mes professeurs l’utilisent d’ailleurs : c’est vrai qu’elle permet de préserver l’intimité et de focaliser le regard sur celui qui parle.

La quête d’attention et de mise en valeur est une constante de notre société. Politiques comme célébrités tentent de garder les regards centrés sur eux… jeu à double tranchant car on ne paraît alors jamais plus suspect que lorsque l’on cherche à se faire oublier. Cette nouvelle option de Microsoft nous rejoint justement dans ce désir de paillettes : maintenir l’attention sur nous.

Or, nous avons tous pu voir combien cela est… fatiguant. Cette impression d’avoir constamment une caméra braquée sur notre visage sans pouvoir croiser un seul regard. Vous me voyez venir : le pas est facile pour filer la métaphore jusqu’à Dieu.

Chercher l’attention, crier vers le Très-Haut, on sait faire. Fuir le regard de Dieu, c’est plus difficile et plus douloureux. Job en a fait l’expérience bien avant l’option floutage de Microsoft : « Qu’est-ce que l’homme, pour que tu en fasses tant de cas ? Tu fixes sur lui ton attention, tu l’inspectes chaque matin, tu le scrutes à tout instant. Ne peux-tu cesser de me regarder, le temps que j’avale ma salive ? » ( Job 7, 17-20). Juste le temps de pouvoir avaler sa salive, un petit temps de répit dans ce monde qui, jusqu’à Dieu, semble nous épier. Et pourtant notre désir est là : être toujours plus sous les feux des projecteurs.

C’est une phrase que me répète souvent mon confesseur : « Laisse-toi regarder par le Christ ». Je vous avoue que je la comprends mal. Peut-être parce que je la comprends comme tous les Job de ce monde qui se croient toujours sous un doigt inquisiteur.
Et pourtant, comme Job et comme tant d’autres, je cherche sa Face…


Il serait simple à présent de vous parler de la crèche et de dire qu’en fin de compte, il suffit de centrer notre regard sur ce nouveau-né, de se laisser regarder par ses yeux d’enfant pour régler le problème. Je pourrais aussi dire que Dieu regarde avant tout ce qui est bon en nous. Mais si Dieu ne regardait ni le bon ni le mauvais ? Je veux dire : s’il regardait au-delà. Un peu comme lorsque nous regardons la croix ou le nouveau-né dans la crèche : au-delà d’un simple morceau de bois, d’un santon disposé dans du foin. Un regard attentif qui ne capture personne, qui accueille dans l’infini de sa pupille l’infini de l’autre.


« Maintenir l’attention sur vous, rien que sur vous ! », on devine l’absurdité de cette injonction. Maintenir l’attention sur soi est épuisant, même crucifiant. Noël, c’est regarder Dieu, les yeux dans les yeux, comme deux puits insondables qui se font face où peut naître une communion.
Joyeux Noël à tous, et que 2021 nous donne de mettre à la poubelle nos webcams pour enfin nous regarder, face à face.
« Seigneur, Dieu de l’univers, fais-nous revenir ; que ton visage s’éclaire, et nous serons sauvés » Ps 79, 20

Fr. Rémi-Michel Marin-Lamellet, o.p.

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