Chemins d’été

Chemins d’été

Après la fin de l’année scolaire, la période estivale n’est pas uniquement occasion de repos pour les frères étudiants. Qu’il s’agisse de préparer avec patience un enseignement pour une session Théodom, d’apprendre une nouvelle langue ou de se retrouver dans les rues du Caire, les jeunes prêcheurs sont sur les routes… ou à leur bureau. Mais on peut aussi, parfois, joindre l’utile à l’agréable ! Les frères Alban, Daniel-Martin et Mina-Athanase nous racontent leurs chemins d’été.

En obéissance à la vérité, vous avez sanctifié vos âmes, pour vous aimer sincèrement comme des frères. D’un cœur pur, aimez-vous les uns les autres sans défaillance, engendrés de nouveau d’une semence non point corruptible, mais incorruptible : la Parole de Dieu, vivante et permanente (1P 1,22-23)

Je suis tombé un peu par hasard sur ce passage en rentrant d’apostolat d’été. A vrai dire, un apostolat qui ressemblait beaucoup à des vacances ! J’ai participé cet été à deux apostolats spécifiquement dominicains : Théodom, et la Week OP.

Théodom, c’est un site Internet, mais aussi des sessions d’été, entre initiation à la théologie et vacances pour les 18-35. Il suffit d’évoquer le cadre : Kergallic, Belle-Île-en-Mer, à la pointe de la Bretagne. Le sujet abordé ? La foi : qu’est-ce que c’est, quel rapport avec les sciences, les dogmes, la psychologie, et comment en rendre raison ?

La Week OP, c’est une semaine d’animation spirituelle et d’évangélisation au quartier du Moulleau, à Arcachon, organisée par les frères de la province de Toulouse. Là encore, plage et soleil au rendez-vous, matches de volley, rencontres avec les passants… Mais le « cœur battant » de la mission est l’Eglise Notre-Dame-des-Passes : eucharistie, offices chantés, adoration et confessions, conférences, concerts, prédications.

Ces deux apostolats ont en commun d’être organisés par la famille dominicaine : frères, sœurs, et laïcs dominicains se retrouvent ensemble. C’est d’abord la joie de se retrouver en frères qui rayonne. On sent en amont, la longue préparation, l’étude, la plongée dans la Parole de Dieu et la prière. Elles nous donnent d’ajuster nos paroles et nos actes. Nous témoignons ainsi que Jésus est le cœur et l’amour de nos vies.

C’est sans doute là un bel accomplissement de la parole de Pierre. La Parole de Dieu, semence incorruptible et vivante, germe en nous et nous donne d’aimer nos frères. Et pour tout cela, loué sois-tu, Seigneur ! 

Fr. Alban

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Après une année scolaire chargée, j’ai décidé de visiter la ville millénaire de Rome… en fait, j’ai même décidé d’aller étudier la langue italienne. Mes frères dominicains connaissent ma passion pour les langues étrangères. C’est pour moi une bonne manière d’approcher les personnes que je croise et de découvrir ce qu’elles ont et ce qu’elles sont. J’ai donc étudié cette belle langue forgée par Dante Alighieri ; sa proximité avec le français et sa racine latine m’ont facilité l’apprentissage. Je peux dire que maintenant je lis l’italien, ce qui m’est très utile pour mes recherches sur saint Ambroise de Milan ! Mais il ne fut pas seulement question d’acquisition de connaissance d’une langue pour moi ; j’ai surtout été nourri par des rencontres que j’ai faites soit dans le centre Koinè soit dans les rues de Rome. Au centre nous étions douze étudiants de dix différentes nationalités : angolaise, mozambicaine, anglaise, américaine, vénézuélienne, sri-lankaise, turque, iranienne, chinoise, syrienne. Ceci m’a permis de découvrir d’autres mondes, j’ai eu la chance de pouvoir échanger avec chacun de mes camarades : les sujets tournaient autour… d’un peu tout. Les questions sur ma vie religieuse n’ont pas manqué, et j’ai dû expliquer que l’Ordre dominicain n’est pas une secte à l’intérieur de l’Église !

Une expérience qui m’a marqué fut celle de la rencontre d’un couple portoricain dans une pizzeria. Un dialogue théologique a eu lieu à la fois en espagnol et en italien. La question de la Trinité était au centre de notre dialogue. Mes interlocuteurs n’arrivaient pas à comprendre rationnellement l’existence de Dieu en trois personnes. Si vous croyez qu’expliquer la Trinité dans sa langue maternelle est difficile, imaginez le faire dans une langue que vous étudiez depuis deux semaines ! Ce n’est pas étonnant si je vous dis que parfois je sentais que je parlais en portugais.

Une autre chose qui a marqué mon expérience italienne fut la rencontre de mes frères dominicains soit à Bologne, soit à Milan (la ville du grand évêque Ambroise !) ; c’était pour moi une reprise de conscience de la réalité de notre Ordre. Nous formons une communauté de frères au sens large du mot qui s’étend du sud au nord, de l’est à l’ouest, et nous ne sommes jamais des êtres étrangers sur cette terre ; j’ai pu dire que nous sommes – à l’instar de l’Église Universelle – une église (non pas, contrairement à ce que penseraient mes camarades de cours d’italien, une secte, mais une communauté dans la grande Communauté que forment tous les catholiques). De cette expérience estivale je peux donc dire que j’ai appris à découvrir encore une fois la beauté de la Création dans sa diversité, merveilleusement dessinée par Notre Père.

Fr. Daniel-Martin

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Avant tout, je remercie Dieu qui m’aide toujours dans ma vie, comme je remercie l’Ordre dominicain qui m’encourage et m’aide à grandir spirituellement et socialement en découvrant le visage de Dieu dans l’autre. A partir de cela, je voudrais parler de mon apostolat cet été : il s’agit de deux sessions de théologie pour les jeunes catholiques égyptiens. Elles étaient le premier essai de sessions ThéoDom en Égypte et, je l’espère, auront laissé une marque.

Pour la première session, qui était au couvent des frères du Caire, nous avons choisi le thème : « la volonté de Dieu et ma liberté ». La première conférence de la session a été présentée par le frère Jean Druel, qui a parlé du mal en se demandant : est-ce que Dieu permet le mal ? Les jeunes ont bien interagi. Il faut surtout comprendre qu’ils vivent dans une culture musulmane qui lie toute chose à Dieu, même le mal – elle voit aussi le mal comme un signe de Dieu pour examiner la foi des croyants. Après une  discussion avec les jeunes nous avons conclu que le mal se définit comme un manque, manque du bien, et que le mal que nous trouvons dans notre vie vient de la mauvaise utilisation de notre liberté. Ce fut le point de départ pour les deux autres conférences. La deuxième conférence a été présentée par les frères John Gabriel et moi-même. Nous avons parlé de la volonté de Dieu : y a-t-il collision entre elle et ma liberté ? Pour la troisième conférence, j’ai parlé de la place de ma liberté dans le projet de Dieu.

Pour la deuxième session, organisée à l’église de la Sainte Famille au Caire, nous avons choisi comme thème : « le Dieu en qui je ne crois pas ». Dans la première conférence de cette session j’ai parlé  de la relation entre la maladie et le péché dans les civilisations anciennes et dans la Bible. Le lendemain, le frère Jawdat, un frère libanais résidant au couvent du Caire a parlé de la liberté de conscience à partir des épîtres de saint Paul. Nous avons fini la session par une troisième conférence intitulée : « en quel Dieu je crois aujourd’hui ? » Le lendemain, nous avons organisé une sortie au Caire Islamique puis nous avons passé l’après-midi au couvent. C’était la première fois que les jeunes venaient au couvent et faisaient connaissance avec les frères.

Les sessions étaient donc une grande occasion pour les jeunes catholiques de voir un autre aspect  de la mission dominicaine en Égypte, de rencontrer les frères et de découvrir l’identité dominicaine qui réalise la parole de Jésus : « Allez, enseignez toutes les nations ». Comme dominicain, je me sens toujours envoyé vers la société, et aussi vers l’Eglise. Si nous prenons l’exemple de saint Dominique, nous trouvons que la prédication signifiait pour lui que l’Evangile, « la Bonne Nouvelle », arrive au monde entier. Il a prêché dans les rues et dans les églises. Il discutait avec les gens dans les cours et les marchés. Il faut recommencer aujourd’hui.

Fr. Mina-Athanase

 

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