Airs du temps #3 – Oui ou non !

Airs du temps #3 – Oui ou non !



J’entends comme un désir de fidélité… Vous entendez ? Ecoutez…




Vous entendez ? J’ai tout de suite pensé à faire le rapprochement avec l’enseignement de Jésus sur la bonne manière de parler : « Que votre parole soit “oui”, si c’est “oui”, “non”, si c’est “non”. Ce qui est en plus vient du Mauvais. » (Mt 5, 37) Voyons voir…

Le ton d’Angèle est léger et moqueur. J’aime sa voix qui sonne presque innocente et un peu blasée. Pourtant elle parle d’amour, mais à chaque note, on dirait qu’elle dit : « on s’en fout. » Ce n’est pas la même chose que le sermon sur la montagne c’est sûr… N’empêche ! N’est-ce pas le sérieux de sa question qui lui fait percevoir tout le reste comme dérisoire ? Elle se moque du quotidien, de la journée pourrie (cf. son autre chanson : la loi de Murphy) – ses clips sont remplis de ces petits gags de tous les jours qu’elle semble apprécier et même cultiver. Mais là, au cœur du léger, voici du lourd : « c’est oui ou bien c’est non ? » Et elle le répète – et nous avec elle peut-être – , sur une mélodie on ne peut plus banale. Moi, j’ai l’impression que quelque chose de sérieux se cache sous cette apparente frivolité.

Nous, nos maîtres nous enseignent que (attention, ça devient solennel, « plaisantins s’abstenir ») : « L’amour conjugal comporte une totalité où entrent toutes les composantes de la personne – appel du corps et de l’instinct, force du sentiment et de l’affectivité, aspiration de l’esprit et de la volonté – ; il vise une unité profondément personnelle, celle qui, au-delà de l’union en une seule chair, conduit à ne faire qu’un cœur et qu’une âme. » (CEC 1643)

En bref : « L’amour veut être définitif. Il ne peut être  » jusqu’à nouvel ordre « . » (CEC 1646) Vous voyez l’idée ? C’est la même non ?

C’est oui ou bien c’est non
Hier, tu me voulais
C’est oui ou bien c’est non
Demain, tu m’f’ras marcher
C’est oui ou bien c’est non
J’vais devoir t’oublier
C’est oui ou bien c’est non

Source : paroles2chansons

Le texte dit un état d’âme assez résigné : elle ne semble pas avoir l’intention de se battre pour que demain son couple « marche ». En fait, le projet même n’est pas clair, le contenu du « oui » ou du « non » n’est pas dévoilé. Habiter ensemble ? Pour combien de temps ? Pour fonder une famille ?… On entend bien qu’il s’agit « d’amour »  mais c’est très flou (titre d’un autre de ses tubes) ! On ne sait pas ce que ça implique, sauf !..

… qu’entre hier et demain, elle est déçue. Clairement, il y a déception si ça ne dure pas. Je crois donc que, caché derrière la critique amusée des artifices publicitaires, Angèle exprime timidement ce désir de fidélité et d’authenticité dans la parole et dans l’engagement amoureux. C’est un hymne au sérieux de la parole et de l’amour, qui a peut-être un peu peur des mots.

C’est vrai que les mots font peur quand on dit que « l’amour conjugal exige des époux, de par sa nature même, une fidélité inviolable » (CEC 1646), « l’indissolubilité et la fidélité dans la donation réciproque définitive. » (CEC 1643) Ça semble utopique ou terrifiant non ? Mais le refrain de cette chanson dit-il autre chose, au fond ? Cela nous rappelle que la manière dont nous envisageons l’amour humain à la lumière de la Révélation divine n’est pas un idéal sans racines naturelles. La preuve chez Angèle qui chante ici de l’amour humain l’aspiration naturelle à l’authenticité, à l’entièreté et à la fidélité. Jésus, lui, applique les exigences du « oui ou non » à toute parole que l’on prononce ! On est beaucoup, beaucoup plus loin que dans la chanson d’Angèle. Mais on parle toujours, on parle enfin d’amour je crois.


fr. Thomas Zimmermann o.p.

P.S. : pour « plaisantins s’abtenir », vous comprendrez la référence si vous avez la patience de lire les sous-titres de toutes les publicités du clip.

 

Do NOT follow this link or you will be banned from the site!