Parole du Seigneur ?

Parole du Seigneur ?

(Cycle of Life/The Prayer, Nikola Saric)

Sermon dimanche, 5ème dimanche du Temps Ordinaire, 2021 (Jb 7, 1-4.6-7)

Du livre de Job
Job prit la parole et dit : « Vraiment, la vie de l’homme sur la terre est une corvée, il fait des journées de manoeuvre. Comme l’esclave qui désire un peu d’ombre, comme le manoeuvre qui attend sa paye, depuis des mois je n’ai en partage que le néant, je ne compte que des nuits de souffrance. À peine couché, je me dis : “Quand pourrai-je me lever ?” Le soir n’en finit pas : je suis envahi de cauchemars jusqu’à l’aube. Mes jours sont plus rapides que la navette du tisserand, ils s’achèvent faute de fil. Souviens-toi, Seigneur : ma vie n’est qu’un souffle, mes yeux ne verront plus le bonheur. »


Et là ? que dit-on ? Parole du Seigneur ? Eh oui! la lecture s’achève ici. Alors pendant la messe on dit cela, « Parole du Seigneur ». Ce n’est pas un détail. Ce faisant, on atteste que ces mots ne sont pas seulement un texte du passé, doté d’un sens particulièrement riche pour notre foi, mais qu’ils sont plus que cela : la Parole du Seigneur. Des mots inspirés par Dieu. Ecrits de main d’homme, dans le souffle de Dieu.

Et je crois qu’ici, c’est difficile de le dire. Mais c’est peut-être d’autant plus important. Parole du Seigneur ; non pas de Job, qui n’est qu’un personnage de papier, mais du Seigneur. Vivant. Réel. Eternel.

Vraie voix, pour les vraies gens.

Vraie voix, qui donne à Job ses mots. Dieu comprend Job ; Dieu sait…

Alors, en ce Job d’encre et de papier, la voix bien réelle de Dieu et celle, bien réelle, des hommes, s’épousent et s’unissent. Et combien plus s’épousent-elles en Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme, Fils de Dieu et Fils de l’homme.

En Jésus, nous pouvons croire que Dieu nous connaît ; que Dieu sait, dans sa chair et dans son âme, quels sont ces enfers que traversent les hommes.

Dieu le Fils a pleuré, il a cauchemardé, il n’a parfois plus eu la force, il a versé des larmes de sang, et d’eau salée aussi. Peut-être d’autres fois est-il resté prostré. Et l’on professe qu’après sa mort, il est descendu aux Enfers, éprouvant en lui-même, de manière paradoxale, la séparation d’avec Dieu. Alors oui, Jésus reprend à son compte les mots de Job. Lui, la Bonne Nouvelle en personne, peut dire ces mots dans lesquels aucune Bonne Nouvelle ne transparaît.

Car sur la croix, il n’a pas poussé à moitié son cri de déréliction : le ciel s’est vraiment fermé, avec des nuages vraiment noirs, et le Royaume, immuable et radieux comme un soleil, reste parfois caché, invisible aux yeux de l’homme tout à sa souffrance ici-bas.

Non mes frères, ce soir, on ne lit aucune Bonne Nouvelle dans Job, et on aurait beau jeu d’essayer d’y trouver quelque lumière. Mais la lumière est venue nous trouver plus tard, visible aux seuls yeux de la foi ; lorsque le soleil lui-même est descendu tout entier, traversant les nuages épais et ténébreux d’un monde qui se passe de Dieu, pour demeurer avec nous, être l’un de nous, sur ce sol béni.

S’il a eu la puissance de descendre aux Enfers, comme nous le professons,

pour les vider, comme nous l’espérons,

alors Dieu peut aussi dissiper nos ténèbres, quand nous aimons.

Ne doutons pas – de Lui, de sa Parole. Croire ouvre les yeux et éclaire les coeurs.

Amen.

Fr. Thomas Carrique o.p.

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