Obéissance jusqu’à la mort

Obéissance jusqu’à la mort

(Cycle of Life/The Prayer, Nikola Saric)

Sermon 5ème Dimanche de Carême, 2021

Bien qu’il soit le Fils,
il apprit par ses souffrances l’obéissance
et, conduit à sa perfection,
il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent
la cause du salut éternel.

He 5, 7-9

La Lettre aux Hébreux nous dit que c’est par ses souffrances que le Christ apprit l’obéissance et ce bien qu’il soit le Fils. Il nous dit aussi que « conduit à sa perfection, le Christ est devenu pour tous ceux qui lui obéissent la cause du salut éternel ». Ainsi, obéissance, liberté et salut semblent intrinsèquement liées. Mais comment ?

Dire que le Fils obéit au Père par ses souffrances nous replace face à ce grand mystère central de la Croix, et je trouve bon de nous y arrêter encore quelques semaines avant Pâques. Certains théologiens y ont cherché l’acte d’abandon d’un fils face à la colère de son père, mais cela semble nier à la fois la liberté du Fils de se donner, la bonté du Père et l’existence de leurs volontés propres.

Cette question de la liberté entre le Père et le Fils rejoint notre manière particulière d’obéir.

Le LCO 17 nous dit qu’ « à l’origine de l’Ordre, saint Dominique demandait aux frères de lui promettre vie commune et obéissance ». 800 ans après sa mort, nous promettons toujours obéissance. A un an et demi de la profession solennelle, je m’interroge légitiment sur ce vœu unique d’obéissance valable jusqu’à la mort. Quel poids immense dans ce choix vécu simplement au quotidien ! Il exige de chacun d’entre nous de la bonté, de la fermeté, et de l’humilité pour tendre ensemble vers l’unité. Cette seule promesse garantit l’unité de l’Ordre selon nos lois. Le LCO 18 nous rappelle ce but commun : obéir comme le Christ, à son imitation, lui qui fut « toujours soumis à la volonté du Père pour la vie du monde ».

Il m’est bon de me rappeler que lorsque moi, le frère Etienne, j’obéis aux frères Benoit (mon père-maitre) et Camille (mon prieur conventuel), au frère Nicolas (mon provincial), et à travers lui au frère Gérard (Maitre de l’Ordre), j’obéis à Jésus lui-même. Non pas aveuglément, non pas bêtement ni servilement, mais de tout mon cœur, volontairement et généreusement. Avec toute mon intelligence et avec tout ce qui fait que je suis moi. Je promets de servir de mon mieux mes frères et l’Ordre, par un acte d’abandon si simple qu’il en parait risible aux yeux du monde. Ce don de soi engage notre liberté personnelle à chaque instant, parce que paradoxalement le choix rend libre. Choisir librement de suivre le Christ en obéissant à sa loi. Loi d’amour et de renoncements, mais loi de liberté et d’accomplissement. Puissions-nous, mes frères, nous tourner vers le Père en enfants obéissants afin qu’en faisant sa volonté nous participions à son œuvre de salut pour nous-même, pour notre Ordre, pour l’Église et pour le monde.

Etienne d’Ardailhon Miramon, o.p.

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