Celui qui garde ses commandements demeure en Dieu

Celui qui garde ses commandements demeure en Dieu

(Cycle of Life/The Crucifixion, Nikola Saric)

Prédication 5ème Dimanche de Pâques, 2021

Celui qui garde ses commandements
demeure en Dieu,
et Dieu en lui ;
et voilà comment nous reconnaissons qu’il demeure en nous,
puisqu’il nous a donné part à son Esprit.

1 Jn 3, 18-24

Il y a une image qui me revient à l’esprit presque chaque jour depuis que nous avons fait notre pèlerinage à la Grande Chartreuse au début du Carême. Nous avons traversé l’immense cloître, très vide, chargé d’une atmosphère intemporelle. Les moines étaient invisibles dans leurs cellules. Le seul indice d’eux était les phrases écrites sur leurs portes anonymes : telles que « Comme on a raison de t’Aimer ! » ou « Oculi mei semper ad Dominum ».

À côté de l’une des cellules, je me suis arrêté pour regarder de plus près les voûtes du platond. Sur la base d’un voûte étaient sculptés deux grosses grappes de raisin et au centre, un grand couteau de jardinage courbé en train de couper la vigne. J’ai pensé aux générations de moines qui étaient passées devant cette sculpture, sur le chemin du retour vers la solitude de leurs cellules, et le symbolisme parlait fort : si la vie religieuse doit avoir un sens, c’est parce que nous vivons ce mystère de « demeurer » dans le Christ la Vigne, et que nous avons confiance que le couteau qui nous coupe, qui enlève notre égocentrisme et notre péché, oui, ce couteau est tenu dans la main d’un Père miséricordieux.

Étant un dominicain moderne et non un chartreux angélique, j’ai bien sûr sorti mon smartphone et pris une photo de la sculpture. Ce n’est que lorsque je suis revenu au couvent et que j’ai regardé plus attentivement la sculpture que j’ai remarqué que quelqu’un avait ajouté son propre commentaire graffiti à la sculpture, quelqu’un avait gravé une croix sur la vigne juste à l’endroit où le couteau effectuait son opération. Un moine sage a voulu se rappeler à lui-même, à ses frères, et à moi, que c’est seulement par la grâce jaillissant de la Croix que cette vie de « demeurer » dans le Christ est possible.

Oui, même en ces temps Pascal, surtout maintenant, nous devons tourner nos regards vers la Croix. La Résurrection du Christ rend sa Croix plus importante, et non pas moins, comme s’il s’agissait d’une parenthèse douloureuse. Lorsque saint Jean écrit que « Celui qui garde ses commandements demeure en Dieu », il ne nous dit pas de gagner notre salut par des œuvres pieuses. Non, il exprime la vérité que la personne en qui la grâce de l’adoption filial est une réalité, en elle cette grâce se manifeste dans, et rend possible, une vie de pratique fidèle, dans une obéissance aimante au Père. Nous sommes ressuscités avec le Christ, notre vie est déjà cachée avec lui en Dieu, et c’est pourquoi nous devons maintenant vivre aussi le mystère de l’obéissance, le mystère de sacrifice, le mystère de la croix qui nous donne la vie.

« Par ses sainte plaies, ses plaies glorieuses, que le Christ Seigneur nous garde et nous protège. » Amen.

Fr. Filip Maria Ekman OP

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